Culte #14 | Stones in Exile on Main Street
“En ce temps-là, nous étions jeunes, beaux et stupides, maintenant nous ne sommes que stupides.” C’est avec ces mots que Mick Jagger présentait cette année à Cannes le film “Stones in Exile” de Stephen Kijak, consacré à l’enregistrement du mythique “Exile On Main St.” Unique double album studio des Stones, ce disque enregistré dans le sud de la France a vieilli comme un bon vin de garde et fait aujourd’hui partie des classiques du rock. A l’origine prévu pour accompagner en mai 2010 la réédition de l’album (soit 38 ans après l’original), le documentaire s’est finalement offert une existence indépendante et sera diffusé ce jeudi 10 juin à 20h35 sur France 5. Stones keeps on rollin’.
Mais soyons clairs : ce qui est “culte” ici, c’est l’album original et rien d’autre. La réédition de l’album a beau être un bel objet, elle est avant tout destinée aux collectionneurs qui seront prêts à débourser plus de 100 € pour l’acquérir. A l’heure où le CD disparaît, où la musique se dématérialise et où le peer-to-peer donne l’impression que la musique est quelque chose de gratuit, ce ne sont certainement pas les baby rockeurs qui iront acheter cette réedition. Egalement, le film “Stones in Exile” est certainement très attendu par les fans, mais est-il culte ? Réponse ce jeudi sur France 5.

Couverture de l'album "Exile on Main St." par Robert Franck pour les Rolling Stones

"Exile on Main St." Réédition, 2010.
En bref, les seules certitudes dans cette histoire de pierres qui roulent, c’est que seuls les actes comptent et que le temps est seul juge de ce qui est digne de mémoire. L’acte fondateur de cet album devenu mythe, c’est cette décision prise par les Stones de s’exiler.
En 1971, le groupe était ruiné. Ayant été escroqué par l’homme d’affaires Allan Klein, les Stones croulaient sous des dettes tellement énormes qu’il leur était impossible de les rembourser. Décès d’un jeune spectateur noir au concert d’Altmont organisé par les Stones en 1969, abus notoire de drogues, sexualité débridée… le groupe était dans l’oeil du cyclone depuis trop longtemps, et les menaces du fisc furent probablement le “truc de trop” qui poussa les Stones à se réfugier en France, à la Villa Nellcôte à Villefranche sur Mer.

(c) Dominique Tarlé

(c) Dominique Tarlé
La Villa Nellcôte, louée à l’époque par Keith Richards, devint le refuge des Stones, de leurs vrais amis et des authentiques parasites qui entourent toujours les grands groupes. Cet exil ne fût jamais envisagé par les Stones comme une opportunité de s’acheter une conduite, bien au contraire.

(c) Dominique Tarlé
Leur été français ne fût qu’une longue fête. Sex, Drugs & Rock n’ Roll érigé en principe, la police locale s’en souvient encore. Mick Jagger en a aussi profité pour se marier avec Bianca à Saint-Tropez, sous l’oeil de Roger Vadim. Et entre les verres, les rails, les shoots, les joints et les orgies, les Stones ont trouvé le temps d’enregistrer un monument, hommage à la musique populaire américaine de par ses inspirations blues, soul, rock et gospel : Exile on Main Street.
Lors de sa sortie en 1972, l’album reçut un accueil assez mitigé. Ce qui n’empêcha pas les Stones de partir pour une tournée triomphale qui leur permit de renouer avec leur public. L’album ne contient pas de “tubes” majeurs, mais le blues y est omniprésent. All Down The Line, Shake Your Hips, Sweet Virginia… Tous ces morceaux ne sont sûrement pas des hymnes pour les stades mais ils font probablement partie de ce que les Rolling Stones ont fait de mieux.

(c) Dominique Tarlé
On trouve aussi sur l’album l’excellent “Stop Breaking Down”, au son lourd, chargé de blues. A l’origine, une composition du légendaire bluesman Robert Johnson datant d’à peu près 1937. Les Stones l’on accéléré, amplifié et alourdit. Rien d’étonnant à ce que, 30 ans plus tard, ce morceau soit repris par un guitariste de talent : Jack White, sur le 1er album des White Stripes. White reprend le morceau à son compte et l’alourdit encore, faisant hurler le blues épais de sa guitare. Il qualifiera plus tard ce 1er opus comme étant “le plus furieux, le plus cru et le plus puissant” des White Stripes.
On retrouvera Jack White quelques dizaines d’années plus tard au côté des Stones, venu interpréter avec eux le titre “Loving Cup” présent sur l’album “Exile on Main Street”, lors du concert intitulé “Shine a Light” filmé en 2006 par Martin Scorsese.

(c) Dominique Tarlé
“Stones in Exile” est en partie constitué d’images tournées à l’époque aux Etats-Unis par Robert Franck, pendant la tournée américaine qui a suivi la sortie du disque. A l’origine, Franck devait juste faire la pochette du disque. Mais ce job c’est transformé en “reportage”, et le réalisateur en a tiré un documentaire aujourd’hui devenu mythique mais à l’époque refusé par les Stones. Le film porte le nom délicat de “Cocksucker Blues” et n’est aujourd’hui diffusé que lors de rétrospectives consacrées à Robert Franck. Il montre le groupe de façon très crue, aux prises avec la drogue, toujours entouré de groupies, détruisant des chambres d’hôtels, etc. On lui doit la fameuse séquence d’orgie dans un avion qui fit scandale et qui n’a pas manqué d’embarasser les Stones.
Mais “Stones in Exile” est aussi et surtout constitué de photos, prises à l’époque par Dominique Tarlé. Ce dernier est à l’époque LE photographe des groupes de rock. Il a suivi Jimi Hendrix, les Who, Led Zeppelin, les Beatles, Marianne Faithfull, Muddy Waters, Eric Clapton et beaucoup d’autres. Il a eu la chance d’être invité par le groupe à habiter avec eux durant les 6 mois de leur résidence à la Villa Nellcôte (avril à octobre 1971) et c’est donc à lui qu’on doit les images uniques de cette époque française de la vie des Stones.
Pour célébrer la réédition de l’album et la sortie du film, Dominique Tarlé expose ses photos des Stones à la Galerie de l’Instant à Paris, du 21 mai au 22 septembre 2010. A ne pas louper.

(c) Dominique Tarlé
Pour conclure, si vous êtes fan des Stones, vous avez : un album à réécouter, un documentaire à voir, une réédition à acheter, une exposition à voir.
Et si vous êtes un puriste, vous savez ce qu’il vous reste à faire cet été : louer une grande baraque sur la côte, inviter vos amis, vos copines, vos potes et leurs copines, et faire de la musique, de la peinture, de la vidéo, de la sculpture, écrire des poèmes… et avoir un pote photographe qui prendra des photos de tout ça. Parce que l’album “Exile on Main St.” a beau être un excellent disque, on ne peut s’empêcher en l’écoutant de penser à ces types qui incarnaient à 200 % le mythe de leur époque. Cet album a une histoire particulière, l’histoire d’un rythme de vie. La vie de ces roastbeefs amoureux de musique noire, dézingués et pourtant au sommet de leur art, exilés de luxe dans une magnifique Villa sur la côte d’Azur, à travailler leurs riffs, défoncés sous les moulures des hauts plafonds.
Vincent Laserson.
Sources : Wikipédia / lemonde.fr / Mensup / Fluctuat.net /
Les trailers de “Stones in Exile” sont visible en V.O: ici, et en V.F: ici
Il y a aussi cette interview vidéo de Dominique Tarlé pour l’Express, dans laquelle il raconte cette période. Il a fait de tellement bonnes photos qu’on ne lui en veut pas de minimiser la question des drogues et du rock n’roll way of life des Rolling Stones à cette époque.






