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Le photographe américain Todd Eberle était récemment de passage à Paris pour présenter son livre « Empire of Space », véritable rétrospective de trente années de travail photographique. A cette occasion, De Jeunes Gens Modernes a pu le rencontrer en exclusivité et l’a interrogé sur sa vocation, sa vision du métier et ses sujets de prédilection.
The American photographer Todd Eberle was recently in Paris to present his book “Empire of Space”, a true retrospective of thirty years of photographic work. On this occasion, De Jeunes Gens Modernes met him exclusively and asked about his vocation, his vision of the job and his favorite subjects.
Vous rappelez-vous de votre toute première photo ?
T.E : Je me rappelle de la première « vraie » photo que j’ai prise. Elle est dans le livre, c’est une photographie de la « Maison sur la Cascade » (Fallingwater, NDR) de Frank Lloyd Wright, qui est à mes yeux la maison la plus représentative de l’architecture contemporaine.
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Enfant, j’ai voulu devenir architecte après avoir vu des photos de cette maison, mais j’y ai finalement renoncé car ça me paraissait trop dur. A l’époque, ma grand-mère m’avait emmené voir cette maison et pour l’occasion, je lui avais emprunté son Pentax. J’ai pris cinq photos de la maison avec, et je n’aurais jamais pensé qu’elles seraient toutes bonnes.
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C’est drôle car je suis retourné voir Fallingwater trente ans plus tard, et à cette occasion, je me suis vu accordé un accès privilégié. J’ai donc tenté de reproduire les images que j’avais prises à l’époque, mais ces nouvelles vues n’étaient pas aussi bonnes que celles que je gardais en mémoire. Alors je les ai mises de côté.
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A quoi vous intéressez-vous actuellement ?
Hier j’étais en Suisse pour photographier la chapelle faite par Le Corbusier à Ronchamp, que je n’avais jamais vue auparavant. J’ai toujours cette envie de photographier des choses symboliques, et d’essayer d’en faire ressortir quelque chose de nouveau. Donc c’est aussi ce que j’ai voulu faire là bas. L’histoire de l’art et de l’architecture sont des choses que j’ai en tête en permanence.
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J’ai aussi photographié le monde de l’art aux funérailles d’Andy Warhol et depuis cette époque, j’ai accumulé un vrai travail sur la nature sociale du milieu de l’art, et c’est un sujet qui m’intéresse toujours autant.
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Comment définiriez-vous « Empire of Space » ?
« Empire of Space », c’est un titre tout fait. Je voulais un titre vaguement abstrait, car le livre aborde beaucoup de sujets différents.
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Quand j’étais jeune, j’ai travaillé pour Donald Judd, je photographiais ses créations. J’espérais toujours qu’il me dise quelque chose de particulier, car j’étais très naïf à l’époque. Mais tout ce qu’il me disait c’était « Montre l’architecture, montre l’espace ». Mais je ne savais ce que ça voulait dire et j’étais trop impressionné pour le lui demander. « Empire of Space » est une référence à cette phrase, en quelque sorte. Et évidemment, aujourd’hui je sais ce qu’est l’espace et ce qu’il voulait dire.
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Plus simplement, « Empire » est aussi une collection de plein de petites choses que j’ai en tête, et dont je suis l’Empereur. C’est mon empire. Mais ce que j’ai voulu faire avec ce livre, c’est que les gens étudient ces images et se les approprient pour en faire leur propre empire. C’est la raison pour laquelle je n’ai mis aucune légende sous les images, je ne veux pas qu’ils se laissent guider par les légendes. Le livre est fait pour que chacun fasse ses propres associations avec sa propre imagination.
Je ne crois pas que beaucoup de photographes soient capables de faire ça. Associer deux images ensemble crée une sorte de ping-pong permanent dans votre imagination. En feuilletant le livre, on a l’impression que toutes ces images sont faites pour fonctionner ensemble, mais à l’origine ce n’est pas le cas. Aucune d’entre elles n’a été pensée pour s’associer avec une autre.
Do you remember the first picture you ever took?
T.E: I remember the first serious picture I took. It’s in the book. It’s a picture of Frank Lloyd Whright’s “Fallingwater”. The iconic modern house of all time.
I wanted to be an architect when I was a kid and I saw pictures of that when I was young. I abandonned the ambition that I could be an architect because it was so powerful. My Grandmother and I went to see Fallingwater together and I borrowed her Pentax camera and I made five pictures of it.
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It’s interesting because I went back to Fallingwater thirty years later and they gave me a special access where I could have the place by myself and I tried to remake that picture, and from my memory it wasn’t as good thirty years later. So I put them away.
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What are you into those days?
Yesterday I went to shoot Corbusier’s famous Ronchamp wich I have never seen before. I’m always very interested to photograph some very iconic things and try to make something new out of it. That was it. And you know, fields like the architecture, the architecture history and art history are always on my mind at all times.
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I’ve also been photographing the art world at Andy Warhol’s funeral. Since that, I’ve been accumulating this incredible body of work about the social nature of the art world. That’s a great interest to me.
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How would you define « Empire of Space » ?
« Empire of Space » is kind of a made-up title that I wanted something that kind of represented a vague abstract idea because there are so many different subjects in the book.
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I worked for Donald Judd when I was young, photographing his architecture. I always used to hope he would say something specific to me, because I was very naive. He would always say : « Show the architecture, show the space. » But I didn’t know what that meant, and I was too terrified to ask. So that’s a reference to that. Of course, now I know what space is.
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And « Empire » is simply a collection of little entities that go on my mind, and I’m the Emperor. It’s my empire. But the thing that I really want people to do is to study the pictures and make them become their own, so it becomes their own empire. This is the reason why I didn’t put captions on the pages. And I think not many photographers are able to do that. Pushing two images together creates a very combined place of ping-pong. Leafing through the book, it seems that all these images are made to work together, but originally it was not the case. None of them were conceived to be together.
