Interview Futura 2000 - Expansions
Lenny McGurr revient en France à l'occasion d'une exposition organisée par la galerie Jérôme de Noirmont, consacrée à ses nouvelles toiles produites au cours de l'année 2011. Un travail récent et actuel, qu'il emmène vers une abstraction presque totale à la faveur de formats qui se font de plus en plus grands. Au lendemain du vernissage puis d'une longue nuit au cours de laquelle l'homme a retrouvé ses amis parisiens, De Jeunes Gens Modernes a eu la chance de rencontrer celui que l'on nomme FUTURA 2000, cet ancien dont le nom continue d'évoquer ce qui vient, ce qui est devant nous et non derrière, la science-fiction et le futur. Vendredi 13, janvier 2012, Paris, rencontre.
FUTURA, à l'occasion de cette exposition tu présentes de nouvelles toiles, des peintures récentes dont certaines réalisées sur des formats bien plus grands que ce que tu as pu faire jusqu'à présent. Comment définirais-tu ces nouvelles œuvres par rapport à celles qui t'on fait connaître dans les années 1980 ?Disons que j'ai enfin eu l'opportunité de travailler sur de plus grandes échelles. Depuis quelques années, j'ai un nouvel atelier qui est très grand, et c'est la première fois que je peux envisager de produire des peintures sur des formats de ce genre. Dans les années 1980, on n'avait jamais le bon atelier. On travaillait toujours en groupe, genre trois personnes dans une toute petite pièce. Donc les grands formats on les trouvait surtout à l'extérieur, sur les murs et les trains… Aujourd'hui, je crois que produire de nouveau était une bonne occasion de me confronter à de plus grandes échelles. Mes toiles les plus grandes sont les plus impressionnantes. J'aime travailler sur un grand format, je trouve ça plus confortable. Quand tu travailles sur un petit format, parfois c'est un peu difficile de tout faire entrer dans le cadre.
Toutes ces peintures ont été réalisées en 2011. Quelles ont été tes principales influences durant cette année ?Je me suis tenu à l'écart des galeries et je n'ai pas peint pendant quasiment les dix dernières années. Je faisais d'autres choses comme du graphisme, des collaborations, une marque de vêtements au Japon, plein de trucs. J'ai trouvé d'autres façons de vivre et de faire de l'argent sans devoir faire des expositions, sans avoir besoin d'être constamment en train de produire et d'être dans l'attente qu'on me propose d'exposer. Quand j'ai rencontré Jérôme l'année dernière, j'avais ce nouvel atelier depuis quelques temps. Il y a vu certaines de ces toiles et il m'a proposé de les exposer. Ce qui me laissait huit mois pour réaliser tout ça, pour me préparer. Ma motivation a donc été de produire quelque chose de nouveau, et de voir si ma technique pouvait s'améliorer.
« Ma motivation était de voir si ma technique pouvait s'améliorer »Comment définirais-tu l'influence de la vitesse dans ton travail ?
Je crois que la vitesse, ou le mouvement, sont très importants quand on parle de peinture à la bombe. Parce pour obtenir certains traits il n'y a pas le choix, tu ne peux pas les faire lentement. C'est la nature même de la bombe, il faut aller vite pour éviter les coulures et tout le reste. Peindre à la bombe peut s'avérer être très technique, et en ce qui me concerne j'essaie toujours de reproduire les mêmes motifs à l'identique, mais ils ne le sont bien sûr jamais. Mais c'est ce qui est bien, ce côté très spontané et rapide de la peinture en bombe. Si tu te trompes, ce n'est jamais totalement fichu, tu peux toujours revenir et retravailler dessus. J'adore la peinture en bombe.
Il y a dix ans, tu faisais la vidéo de « Breakaway » pour DJ Mehdi. Quelle a été ta réaction et comment te sens-tu aujourd'hui, alors qu'il est parti si tôt ?Choqué, complètement choqué. Cette vidéo n'a pas été le seul moment où nous nous sommes rencontrés. Ma fille, qui m'accompagne durant ce voyage, est une bonne amie de Fafi. Alors évidemment, ça m'est souvent arrivé de voir Mehdi les fois où il venait à New-York. Au delà du respect que j'avais pour lui, j'étais vraiment ravi de travailler avec lui cette fois-ci, une amitié s'était créée entre nous. Je ne sais même pas s'il avait trente ans, mais quoi qu'il en soit il était trop jeune, c'est une vraie tragédie. J'ai vu Pedro (Winter, ndr) hier, ainsi que Fafi… Il est dans nos cœurs à présent.
« Je suis un artiste mais aussi un père, j'ai essayé de partager ma vie ».Tu es un ancien, suivant ta propre voie depuis trente ans et travaillant à emmener le graffiti vers l'art… Qu'as-tu appris durant toutes ces années ?
Hé bien, je continue d'apprendre. Mais ce que je sais c'est qu'il faut être patient.
Parce qu'il y a trente ans, je faisais des trucs et j'étais persuadé que ça allait
déboucher sur quelque chose, mais le monde avait d'autres idées en tête et ce
n'était pas mon heure. (FUTURA fait ici référence à l'accident de son ami ALI en
1973, dans lequel il fût impliqué et à la suite duquel il a abandonné le graffiti pour
s'enrôler chez les Marines. Il ne fera son retour à New-York qu'en 1979, suite à une
lettre d'ALI lui demandant de revenir).
Et puis j'ai fondé une famille, j'ai mes enfants, et c'est très important pour moi que
ma vie ne se résume pas à être FUTURA, l'artiste. J'essaie de montrer que je suis
une personne avant d'être une marque. Je suis vraiment reconnaissant envers la
vie, je suis très content et j'ai eu beaucoup de chance d'avoir cette histoire. Mais
je continue d'apprendre. A presque cinquante-sept ans je me sens très jeune,
alors peut-être que j'ai encore vingt-cinq ans devant moi pour continuer tout ça,
car j'espère pouvoir m'améliorer sans cesse. Je ne veux surtout pas être le genre
de personne à dire « Ouais tu me connais, je suis FUTURA ». Parce que ce n'est
vraiment pas ça qui compte. L'important, c'est que je suis un artiste mais aussi
un père et que j'ai essayé de partager ma vie. Tout ne tourne pas autour de moi.
En fait, si j'arrivais à l'âge de cinquante-sept ans sans enfants ni famille, il y aurait
probablement de la tristesse en moi. Je suis reconnaissant envers la vie de n'être
pas seul, car aujourd'hui je peux laisser quelque chose à ceux pour qui je compte,
comme un héritage.
FUTURA 2000 is back in France to the occasion of an exhibition organized by the Galerie Jérôme de Noirmont, dedicated to his new paintings produced during the year 2011. A recent work he leads to an almost total abstraction, for the formats are becoming larger. In the wake of the opening and then of a long night during which the man has found his Parisian friends, De Jeunes Gens Modernes was fortunate to meet the one known as FUTURA 2000, this old-timer whose name continues to discuss what's coming, what is before us and not behind, science fiction and future. Friday 13 January 2012, Paris, meeting.
FUTURA, you present your new work here, new paintings, some in a bigger size than what you did before. How would you define these ones compared to those that made you famous in the eighties ?Well, I finally had an opportunity to work on a bigger scale. Since the last few years, I've had this atelier that is very big, and it's the first time I could imagine doing some works like the size of the pieces we have here. I mean in the eighties, we never had an adequate studio, we were always working collectively like, you know, three people in a very small place. So it was outside that we had our largest scales, on the walls and on the trains… Today, I think doing new work is a great challenge to learn about the scale, and my bigger works are more impressive. I like working on a larger scale, I think it's more comfortable. When you're working on a smaller scale, it's a bit difficult to put everything in the frame.
All these new paintings have been made in 2011. What has been your main influences during the last year ?I've been away from the galeries and I've been away from making paintings for almost the last ten years. I was doing other things like graphic design, collaborations, a clothing company in Japan, any number of things… I've been finding other ways to support myself and to make money without doing exhibitions or being constantly making work, hoping to have a show. When I met Jérôme last year, I was just half to have that new space. He saw some of the works and he was interested in giving me an exhibition, so I had almost eight months to make all this work, to prepare for this. The motivation is to try to make new work, you know, and see if my technique can advance.
"The motivation is to see if my technique can advance".How would you define the influence of speed in your work ?
I think speed or, these movements, are very important when you talk about spray paint. Cause obviously, for some lines that you want to make, you can't do them slowly. That's the nature of working with spray paint. You have to move quickly to avoid dripping or whatever. I mean, spray paint can be very technical when you're getting into some more elements and tries to do several things, and of course me I would have to have this same kind of « motif », and of course I can't. But yeah it's great, I think it's the fun of spray paint, it's very spontaneous, very fast. If you make a mistake, it's never totally lost, you can come back and rework it. I love spray paint.
Ten years from now, you did the « Breakaway » video for DJ Mehdi. How did you react and how do you feel, now that he's gone so soon ?Shocked. Totally shocked. I knew him more than just the time we've spent on the video. My daughter, who's here with me on this trip, is a good friend with Fafi, so of course I used to see Mehdi when he used to come in New-York, sometimes. More than respecting him, I was very pleased to work with him that time. We had created a friendship. I don't even know if he was thirty, anyway he was such a young boy. It's a real tragedy. I saw Pedro (Winter – Editor's note) last night, I saw Fafi and… he's in our hearts now.
"I'm an artist but I'm also a parent, I've tried to share my life".You're an old-timer, doing your thing since thirty years and working on bringing graffiti into art… What did you learned during all these years ?
Well, I'm still learning. But what I know is that in this world, you really have to be
patient. Because thirty years ago, I was doing stuff and I kind of thought I was arrived
somewhere, gonna make it happen, but the world had some ideas and it wasn't
my time. (FUTURA refers here to the accident of his friend ALI in 1973, in which he
was involved and after which he abandoned graffiti to join in the US Navy. He only
returned in New-York in 1979, after receiving a letter from ALI asking him to come
back – Editor's note).
Today I have a family, I have my chidren, and this is also important for me that my
life isn't just FUTURA, the artist. I'm trying to show as a person that I'm more than
just this brand. I'm grateful, I'm very happy and I'm lucky to have that story. But
I'm still learning. At nearly 57, I feel very young. So maybe there's an other twenty-
five years for me to do that stuff, and I wanna do better. I don't ever want to say
someone « Oh but you know me, I'm FUTURA ». It doesn't matter realy, cause
what really matters is that I am an artist, but I'm also a parent and I've tried to share
my life. It's not just about me. In fact, if I was 57 with no child and no familly, then I
would see some sadness in me. I'm grateful that I'm not alone, cause now I can give
something to my guys, like a legacy.